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1816 · De la Restauration à la Belle Époque

Le Radeau de la Méduse : l’histoire vraie du naufrage derrière le tableau de Géricault

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Le Radeau de la Méduse est à la fois un fait divers et un chef-d’œuvre : le naufrage, en juillet 1816, d’une frégate française au large de l’Afrique, dont environ cent cinquante hommes abandonnés sur un radeau, et le tableau immense que Théodore Géricault en tira pour le Salon de 1819, aujourd’hui au Louvre.

Sur le radeau, treize jours de dérive ont suffi pour qu’il ne reste que quinze vivants. Entre-temps, il y eut des mutineries, des suicides, l’élimination des plus faibles et le cannibalisme. Le récit de deux rescapés fit de l’affaire un scandale politique contre le gouvernement de Louis XVIII.

Tout le monde connaît le tableau. Voici l’histoire du radeau.
Navire
La Méduse, frégate de la Marine royale
Mission
Reprendre possession du Sénégal, rendu à la France en 1815
Naufrage
2 juillet 1816, sur le banc d’Arguin (actuelle Mauritanie)
Sur le radeau
Environ 150 personnes (147 selon les rescapés)
Recueillis
15 survivants, par le brick l’Argus, le 17 juillet 1816
Le tableau
Géricault, 1818-1819, musée du Louvre (4,91 × 7,16 m)

Pourquoi la Méduse partait-elle pour le Sénégal ?

Après la chute de Napoléon, les traités de Paris rendent à la France ses comptoirs du Sénégal, occupés par les Britanniques. Le 17 juin 1816, une petite division quitte la rade de l’île d’Aix pour aller en reprendre possession : la frégate la Méduse, la flûte la Loire, le brick l’Argus et la corvette l’Écho.

À bord de la Méduse, près de quatre cents personnes : marins, soldats d’un bataillon colonial, fonctionnaires, colons, quelques femmes et enfants, et le futur gouverneur du Sénégal, le colonel Julien Schmaltz, avec sa famille.

Qui était le capitaine de la Méduse ?

Le commandement est confié à Hugues Duroy de Chaumareys, un officier de l’Ancien Régime qui a émigré sous la Révolution et n’a plus navigué depuis près de vingt-cinq ans. Sa nomination tient beaucoup à sa fidélité monarchiste : la Restauration récompense alors les émigrés revenus avec le roi.

Pressé d’arriver, Chaumareys distance les autres navires et suit une route trop proche de la côte. Il se fie, selon les rescapés, aux avis d’un passager sans qualité de marin, et néglige les sondages qui auraient révélé le danger.

Le naufrage sur le banc d’Arguin

Le 2 juillet 1816, la Méduse s’échoue sur le banc d’Arguin, un immense haut-fond au large de l’actuelle Mauritanie, connu de tous les navigateurs. Les tentatives pour la dégager échouent. Le 5 juillet, on décide d’évacuer.

Les six embarcations du bord ne peuvent pas prendre tout le monde. On assemble donc un radeau d’environ vingt mètres sur sept avec des mâts et des vergues. Environ cent cinquante hommes, soldats pour la plupart, s’y entassent : Savigny et Corréard en comptent cent quarante-sept, d’autres décomptes vont jusqu’à cent cinquante-deux. Sous leur poids, le radeau s’enfonce et beaucoup ont de l’eau jusqu’à la taille. Dix-sept hommes restent sur l’épave.

Qui a coupé la corde du radeau ?

Le radeau, qui ne peut ni naviguer ni se diriger, est pris en remorque par les canots. Peu après le départ, les amarres sont larguées et le radeau reste seul. Les rescapés y ont vu un abandon délibéré ; les officiers des canots ont parlé d’une rupture ou d’une manœuvre devenue impossible. Les historiens ne tranchent pas sur la main qui a lâché la remorque, mais tous constatent que personne ne revint chercher le radeau.

Chaumareys, lui, est à bord d’un canot avec le gouverneur, et atteint la côte sain et sauf. Traduit devant un conseil de guerre à Rochefort au début de 1817, il est reconnu coupable d’avoir mal conduit son navire et de l’avoir quitté avant que tous ses passagers soient évacués ; sur l’abandon du radeau lui-même, les récits du verdict ne concordent pas. Il est rayé des cadres et condamné à trois ans de prison.

Ce qui s’est passé sur le radeau

Il n’y a à bord presque rien à manger, quelques tonneaux de vin et un peu d’eau. Dès la première nuit, des hommes sont emportés par les vagues ou écrasés au centre du radeau. Les nuits suivantes, des soldats ivres se mutinent et veulent détruire le radeau ; les combats font des dizaines de morts.

Au bout de quelques jours, les survivants commencent à manger la chair des morts. Vers le huitième jour, il en reste une trentaine ; les plus valides décident de jeter à la mer les blessés et les mourants pour que les vivres restants durent plus longtemps. Le 17 juillet, après treize jours de dérive, l’Argus aperçoit le radeau et recueille les quinze derniers survivants. Plusieurs meurent dans les jours qui suivent.

Des dix-sept hommes restés sur la Méduse, trois seulement sont encore en vie lorsqu’un navire revient à l’épave, près de deux mois plus tard.

Le scandale et le récit des rescapés

Parmi les survivants du radeau, le chirurgien Henri Savigny rédige un rapport pour le ministère de la Marine. Il est publié dans le Journal des débats en septembre 1816, contre la volonté des autorités. L’opposition libérale s’en empare : l’affaire illustre à ses yeux une monarchie qui confie des responsabilités à des émigrés incompétents.

En 1817, Savigny et l’ingénieur géographe Alexandre Corréard, lui aussi rescapé, publient « Naufrage de la frégate la Méduse », qui connaît plusieurs éditions et des traductions. Le ministre de la Marine, le vicomte Du Bouchage, quitte ses fonctions la même année.

Le tableau de Géricault

Théodore Géricault, vingt-six ans, s’empare du sujet en 1818. Il rencontre Savigny et Corréard, fait construire une maquette du radeau, étudie des cadavres et des membres dans les hôpitaux pour peindre les corps. Il choisit l’instant où les survivants aperçoivent au loin l’Argus, encore minuscule à l’horizon, sans savoir s’il les a vus.

L’œuvre est exposée au Salon de 1819 sous le titre de « Scène de naufrage ». Elle divise la critique, par son sujet contemporain et sa crudité. Après la mort du peintre en 1824, elle est acquise par le Louvre, où elle est toujours exposée, dans l’aile Denon.

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Questions fréquentes

Le Radeau de la Méduse est-il une histoire vraie ?
Oui. Le tableau de Géricault représente un naufrage réel : celui de la frégate la Méduse, échouée le 2 juillet 1816 au large de la Mauritanie. Environ cent cinquante personnes furent abandonnées sur un radeau, et quinze seulement furent recueillies vivantes treize jours plus tard.
Combien de survivants y a-t-il eu sur le radeau de la Méduse ?
Quinze hommes étaient encore vivants quand le brick l’Argus recueillit le radeau le 17 juillet 1816, sur environ cent cinquante embarqués. Plusieurs moururent peu après leur arrivée à Saint-Louis du Sénégal. La plupart des passagers de la frégate, partis dans les canots, survécurent.
Y a-t-il eu du cannibalisme sur le radeau de la Méduse ?
Oui. Savigny et Corréard, deux des rescapés, racontent eux-mêmes que les survivants, privés de nourriture, mangèrent la chair des morts. C’est l’un des aspects qui firent scandale lors de la publication de leur récit.
Où peut-on voir le Radeau de la Méduse ?
Le tableau est conservé au musée du Louvre, à Paris, dans l’aile Denon, parmi les grands formats de la peinture française du XIXe siècle. Il mesure 4,91 mètres de haut sur 7,16 mètres de large.
Qu’est devenu le capitaine de la Méduse ?
Hugues Duroy de Chaumareys fut jugé par un conseil de guerre à Rochefort en 1817. Reconnu coupable d’avoir mal conduit son navire et de l’avoir quitté trop tôt, il fut rayé de la Marine et condamné à trois ans de prison.

Sources

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