1515 · La Renaissance
Marignan 1515 : la « bataille de géants » de François Ier contre les Suisses
Par Jonathan Bernard ·
La bataille de Marignan est la victoire remportée les 13 et 14 septembre 1515 par le roi François Ier et ses alliés vénitiens sur les Suisses, près de Milan, qui ouvrit au roi de France les portes du duché de Milan.
François Ier a tout juste 21 ans : il est né le 12 septembre 1494, la veille de la bataille. Plutôt que de commander de loin, il charge en personne contre l’infanterie la plus redoutée d’Europe, au cours d’une bataille si acharnée qu’un vieux maréchal la dira livrée par des géants.
- Dates
- 13 et 14 septembre 1515
- Lieu
- Marignan, aujourd’hui Melegnano, au sud-est de Milan (Italie)
- Vainqueurs
- François Ier et ses alliés vénitiens
- Vaincus
- Les Suisses, défenseurs du duché de Milan
- Enjeu
- Le duché de Milan, revendiqué par les rois de France
- Suite
- Paix perpétuelle de Fribourg, 29 novembre 1516
Où se trouve Marignan ?
Marignan est le nom français de Melegnano, une petite ville de Lombardie, en Italie, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Milan. Les combats se sont déroulés un peu au nord de la ville, vers San Giuliano Milanese et le hameau de Zivido, dans une plaine coupée de fossés et de canaux d’irrigation.
La bataille porte le nom de la ville la plus connue des environs. Les Italiens disent « battaglia di Marignano » ou « di Melegnano », les Suisses « Marignano ».
Pourquoi François Ier voulait-il Milan ?
Depuis 1494, les rois de France mènent en Italie une série de guerres. Louis XII revendiquait le duché de Milan au nom de sa grand-mère, Valentine Visconti ; il l’avait conquis en 1499, puis perdu en 1512. Le duché était alors revenu à Maximilien Sforza, protégé par les cantons suisses, qui avaient encore battu les Français à Novare en 1513.
François Ier monte sur le trône le 1er janvier 1515. Dès l’été, il franchit les Alpes par un col peu fréquenté pour contourner les Suisses qui gardaient les passages. Des négociations s’engagent : par l’accord de Gallarate, plusieurs contingents suisses, ceux de Berne, Fribourg et Soleure notamment, acceptent de rentrer chez eux. Les autres, poussés par le cardinal Matthieu Schiner, décident de combattre.
Les Suisses, l’infanterie la plus redoutée d’Europe
Depuis leurs victoires sur Charles le Téméraire, dans les années 1470, les fantassins suisses passent pour invincibles. Ils combattent en carrés compacts de piquiers armés de piques d’environ cinq mètres, qui avancent au pas de charge et brisent les cavaleries.
L’armée française est plus nombreuse, sans doute plus de 30 000 hommes contre environ 20 000 Suisses, mais les sources ne s’accordent pas sur les chiffres. Elle compte surtout une artillerie puissante, des lansquenets allemands et la gendarmerie, la cavalerie lourde de la noblesse.
Comment s’est déroulée la bataille de Marignan ?
Le 13 septembre, en fin d’après-midi, les Suisses sortent de Milan et attaquent sans attendre, droit sur l’artillerie française. Le roi mène lui-même les charges de sa gendarmerie, une trentaine selon les récits traditionnels de la bataille, un chiffre difficile à vérifier. On se bat jusque tard dans la nuit, puis les deux armées, épuisées, s’arrêtent sur place, presque mêlées.
François Ier profite de la nuit pour replacer ses canons et ses troupes. À l’aube du 14, les Suisses reprennent l’attaque. L’artillerie tire dans leurs rangs serrés, et dans la matinée arrive la cavalerie de Venise, alliée du roi, commandée par Bartolomeo d’Alviano. Prise de flanc, l’infanterie suisse se replie en bon ordre vers Milan.
Les pertes sont lourdes, surtout chez les Suisses. Les estimations varient du simple au double selon les sources : plusieurs milliers de morts côté suisse, nettement moins côté français.
D’où vient l’expression « bataille de géants » ?
Elle est rapportée par l’historien florentin Francesco Guicciardini dans son Histoire d’Italie. Gian Giacomo Trivulzio, que les Français appellent Trivulce, maréchal de France et vétéran de toutes les guerres d’Italie, affirmait que ce n’était pas une bataille d’hommes mais de géants, et que les dix-huit batailles auxquelles il avait pris part n’étaient, à côté, que des jeux d’enfants.
Une autre scène célèbre est plus douteuse : au soir de la victoire, François Ier se serait fait armer chevalier par Bayard, le « chevalier sans peur et sans reproche ». Le récit n’apparaît qu’en 1525, sous la plume de Symphorien Champier, et aucun texte écrit sur la bataille avant cette date ne le mentionne. L’historien Didier Le Fur y voit une invention ; d’autres restent plus prudents.
Que s’est-il passé après Marignan ?
Milan capitule quelques semaines plus tard, et Maximilien Sforza cède le duché contre une pension. En 1516, François Ier signe avec le pape le concordat de Bologne et, le 29 novembre, conclut avec les cantons suisses la Paix perpétuelle de Fribourg.
Cette paix tient près de trois siècles. Les Suisses servaient déjà les rois de France avant Marignan, mais leurs régiments deviennent dès lors un pilier de l’armée royale. Le 10 août 1792, ce sont les gardes suisses qui défendent les Tuileries, le jour de la chute de la monarchie. Il faudra attendre l’invasion de la Suisse par les armées de la République, en 1798, pour que la France et les cantons suisses soient de nouveau en guerre.

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Questions fréquentes
- Où se trouve Marignan ?
- Marignan est le nom français de Melegnano, une ville de Lombardie, en Italie, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Milan. La bataille de 1515 s’est déroulée juste au nord de la ville.
- Qui a gagné la bataille de Marignan ?
- Le roi de France François Ier, avec l’aide de la cavalerie vénitienne arrivée le second jour. Les Suisses, qui défendaient le duché de Milan pour Maximilien Sforza, se retirèrent après de très lourdes pertes.
- Pourquoi retient-on la date de 1515 ?
- Parce que Marignan est la première victoire du nouveau roi, au début d’un règne associé à la Renaissance française. La date, facile à retenir, est devenue l’un des repères les plus connus de l’histoire scolaire en France.
- François Ier a-t-il été armé chevalier par Bayard à Marignan ?
- C’est une tradition célèbre, mais incertaine. Le récit n’apparaît qu’en 1525, chez le biographe de Bayard Symphorien Champier, et les textes écrits juste après la bataille n’en parlent pas. Plusieurs historiens, dont Didier Le Fur, la considèrent comme une légende.
- Qui a dit « bataille de géants » ?
- Le maréchal Gian Giacomo Trivulzio, dit Trivulce, selon l’historien Francesco Guicciardini : il comparait Marignan aux dix-huit batailles qu’il avait livrées, qui n’étaient à côté que des combats d’enfants.
Sources
- Didier Le Fur, Marignan, 13-14 septembre 1515, Perrin, 2004.
- Amable Sablon du Corail, 1515, Marignan, Tallandier, 2015.
- Francesco Guicciardini, Histoire d’Italie, trad. Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1996.
- Robert J. Knecht, Un prince de la Renaissance. François Ier et son royaume, Fayard, 1998.
- Musée de l’Armée, exposition « Chevaliers et bombardes », page consacrée à François Ier, le roi chevalier.



