1412-1431 · Le Moyen Âge
Jeanne d’Arc : sa vie, d’Orléans au bûcher de Rouen
Par Jonathan Bernard ·
Jeanne d’Arc (vers 1412-1431) est la jeune paysanne lorraine qui, pendant la guerre de Cent Ans, fit lever le siège d’Orléans en 1429, conduisit Charles VII à son sacre à Reims, puis fut capturée, jugée pour hérésie par un tribunal d’Église acquis aux Anglais et brûlée vive à Rouen vers 19 ans.
Son histoire tient en deux années à peine, et elle se termine sur une question que l’on pose encore : pourquoi le roi qu’elle avait fait sacrer n’a-t-il rien tenté pour la sauver ?
- Naissance
- Vers 1412, à Domrémy, aux confins de la Lorraine
- Orléans
- Siège levé le 8 mai 1429
- Sacre de Charles VII
- 17 juillet 1429, à Reims
- Capture
- 23 mai 1430, devant Compiègne
- Mort
- 30 mai 1431, brûlée vive à Rouen, vers 19 ans
- Après sa mort
- Condamnation annulée en 1456, canonisée en 1920
Qui était Jeanne d’Arc ?
Jeanne naît vers 1412 à Domrémy, un village de la vallée de la Meuse, dans une famille de laboureurs aisés : son père, Jacques d’Arc, est l’un des notables du village. Elle file, coud, garde parfois les bêtes. Elle ne sait pas lire ; plus tard, elle apprendra seulement à signer son prénom.
Le royaume est alors coupé en deux. Depuis le traité de Troyes de 1420, le roi d’Angleterre revendique la couronne de France ; les Anglais et leurs alliés bourguignons tiennent Paris et le nord du pays. Le dauphin Charles, réfugié au sud de la Loire, n’a pas été sacré : pour beaucoup, il n’est que « le roi de Bourges ».
Lors de son procès, Jeanne raconte que vers 13 ans elle a entendu pour la première fois une voix, dans le jardin de son père. Elle l’attribue à saint Michel, puis à sainte Catherine et sainte Marguerite. Ces voix lui demandent d’abord d’être sage, puis d’aller « en France » secourir le roi.
De Vaucouleurs à Chinon
En mai 1428, Jeanne se rend à Vaucouleurs, la place forte voisine, et demande au capitaine Robert de Baudricourt de la conduire au dauphin. Selon Durand Laxart, un parent par alliance qu’elle appelait son oncle et qui l’accompagnait, le capitaine répondit qu’il fallait la ramener chez son père et lui donner des soufflets. La gifle n’est donc pas un fait raconté par les témoins : c’est le conseil méprisant d’un capitaine qui ne la prend pas au sérieux.
Elle revient en janvier 1429 et finit par convaincre Baudricourt. Vêtue en homme, escortée de quelques hommes d’armes, elle traverse un pays tenu en partie par l’ennemi et arrive à Chinon vers la fin février ou le début mars. Charles la reçoit, puis la fait examiner pendant plusieurs semaines par des théologiens à Poitiers avant de lui confier une place dans l’armée qui part secourir Orléans.
Le siège d’Orléans
Orléans est assiégée par les Anglais depuis octobre 1428. Jeanne y entre le 29 avril 1429 avec un convoi de vivres. Dans les jours qui suivent, les Français prennent l’une après l’autre les bastilles anglaises qui entourent la ville : Saint-Loup, les Augustins, puis les Tourelles, qui commandent le pont sur la Loire.
Le 7 mai, à l’assaut des Tourelles, Jeanne est touchée par un trait au-dessus de la poitrine, ou au cou selon ses propres mots au procès. Son confesseur, Jean Pasquerel, rapporte qu’elle eut peur et pleura, qu’on pansa la plaie, puis qu’elle revint encourager les assaillants. L’image, souvent répétée, d’une Jeanne arrachant elle-même la flèche n’est pas ce que retiennent les témoins les plus proches. Le soir, les Tourelles tombent ; le lendemain, 8 mai, les Anglais lèvent le siège.
Jeanne ne commandait pas l’armée au sens strict : les décisions revenaient aux capitaines, comme le bâtard d’Orléans, futur comte de Dunois. Mais tous les témoins disent qu’elle a changé le moral des troupes, et la victoire d’Orléans lui donne un prestige immense.
Le sacre de Reims
Après Orléans viennent les victoires de la Loire, dont Patay le 18 juin 1429. Jeanne pousse alors Charles à marcher sur Reims, à travers un pays contrôlé par les Bourguignons. Les villes ouvrent leurs portes une à une.
Le 17 juillet 1429, Charles VII est sacré dans la cathédrale de Reims, et Jeanne se tient près de l’autel avec son étendard. Elle a environ 17 ans. Le sacre fait de Charles, aux yeux de tous, le roi légitime, ce que le traité de Troyes lui avait contesté.
Pourquoi le roi l’a laissée brûler
Après Reims, l’étoile de Jeanne pâlit. L’assaut contre Paris échoue en septembre 1429, et la cour préfère négocier avec le duc de Bourgogne. Le 23 mai 1430, lors d’une sortie devant Compiègne, elle est faite prisonnière par des hommes de Jean de Luxembourg, un seigneur du camp bourguignon, qui la vend aux Anglais pour 10 000 livres tournois.
Aucune démarche de Charles VII pour la racheter ou l’échanger n’est connue. L’archevêque de Reims, Regnault de Chartres, écrit même aux habitants de sa ville qu’elle a été prise parce qu’elle n’écoutait aucun conseil. Les historiens avancent plusieurs explications : une cour divisée, des négociations en cours avec la Bourgogne, l’idée que la mission de Jeanne était accomplie. Aucune ne fait disparaître ce silence.
Les Anglais, eux, ont besoin d’un procès d’Église : condamner Jeanne comme hérétique, c’est faire passer le sacre de Reims pour l’œuvre du démon. Le procès s’ouvre à Rouen en janvier 1431, présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.
Le procès de Rouen et la réhabilitation
Pendant des semaines, Jeanne répond seule à des dizaines de juges, avec un aplomb qui frappe encore à la lecture des minutes. Le 24 mai 1431, menacée du bûcher, elle signe une abjuration. Quelques jours plus tard, elle reprend l’habit d’homme : elle est déclarée relapse, c’est-à-dire retombée dans l’hérésie, ce qui la condamne à mort.
Le 30 mai 1431, elle est brûlée vive sur la place du Vieux-Marché, à Rouen. Ses cendres sont jetées dans la Seine. Elle a environ 19 ans.
Une fois Rouen reprise, Charles VII fait ouvrir une enquête en 1450. À la demande de la mère de Jeanne, et avec l’accord du pape, un procès en nullité aboutit le 7 juillet 1456 : la condamnation est annulée. Jeanne est béatifiée en 1909 et canonisée le 16 mai 1920. Entre-temps, la guerre a tourné : en 1453, les Anglais ont perdu tout le royaume, sauf Calais, qu’ils garderont jusqu’en 1558.

Dans l’application · 481 – 1453
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Questions fréquentes
- Pourquoi Jeanne d’Arc a-t-elle été brûlée ?
- Un tribunal d’Église réuni à Rouen, sous contrôle anglais, l’a condamnée comme hérétique relapse : après avoir abjuré, elle avait repris l’habit d’homme. Derrière l’accusation religieuse, l’enjeu était politique : discréditer Jeanne, c’était discréditer le sacre de Charles VII.
- Quel âge avait Jeanne d’Arc à sa mort ?
- Environ 19 ans. Sa date de naissance exacte n’est pas connue, mais elle-même se disait âgée d’environ 19 ans lors de son procès, au début de 1431.
- Charles VII a-t-il abandonné Jeanne d’Arc ?
- Aucune tentative de Charles VII pour la racheter ou la libérer n’est attestée. Il ne s’est intéressé à son sort qu’en 1450, après la reprise de Rouen, en lançant l’enquête qui mena à l’annulation de sa condamnation en 1456.
- Jeanne d’Arc savait-elle lire et écrire ?
- Non. Selon un témoin de son examen à Poitiers, en 1429, elle disait ne savoir « ni A ni B ». Quelques lettres dictées par elle portent pourtant sa signature, « Jehanne », ce qui montre qu’elle avait appris à tracer son prénom.
- Quand Jeanne d’Arc a-t-elle été canonisée ?
- Elle a été béatifiée en 1909 et canonisée par le pape Benoît XV le 16 mai 1920. La même année, la France a institué une fête nationale en son honneur, le deuxième dimanche de mai.
Sources
- Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, éd. Pierre Tisset et Yvonne Lanhers, Klincksieck, 3 vol., 1960-1971.
- Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d’Arc, éd. Pierre Duparc, Klincksieck, 5 vol., 1977-1988.
- Jules Quicherat (éd.), Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, dite la Pucelle, Renouard, 5 vol., 1841-1849.
- Colette Beaune, Jeanne d’Arc, Perrin, 2004.
- Philippe Contamine, Olivier Bouzy et Xavier Hélary, Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2012.
- Régine Pernoud, Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins, Seuil, 1962.



