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732 · Le Moyen Âge

Charles Martel et la bataille de Poitiers (732) : ce qui s’est vraiment passé

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Charles Martel (vers 688-741) est le maire du palais qui gouverna le royaume des Francs à la place des derniers rois mérovingiens et qui vainquit en 732, entre Tours et Poitiers, l’armée d’Abd al-Rahman, le gouverneur de l’Espagne musulmane.

Tout le monde connaît la date ; bien peu savent comment la bataille fut gagnée, ni ce qu’elle changea vraiment. Les deux seuls récits proches de l’événement tiennent en quelques lignes, et c’est sur ces lignes qu’on a construit, siècle après siècle, l’un des grands mythes de l’histoire de France.

La bataille de Poitiers racontée en deux minutes et demie.
Naissance
Vers 688-690
Titre
Maire du palais, jamais roi
Bataille
Octobre 732 (733 selon certains historiens), entre Tours et Poitiers
Adversaire
Abd al-Rahman al-Ghafiqi, gouverneur d’al-Andalus, tué au combat
Mort
22 octobre 741 à Quierzy, inhumé à Saint-Denis
Descendance
Père de Pépin le Bref, grand-père de Charlemagne

Qui était Charles Martel ?

Charles est le fils de Pépin de Herstal, maire du palais d’Austrasie, et d’une femme nommée Alpaïde. À la mort de son père en 714, il est écarté de l’héritage et emprisonné par sa belle-mère, Plectrude. Il s’évade et, au terme de plusieurs années de guerre, s’impose vers 718-719 comme le maître de tout le royaume franc.

Il n’est pas roi. Les souverains mérovingiens règnent encore, mais le pouvoir réel appartient au maire du palais, qui commande l’armée et distribue les terres. Après la mort du roi Thierry IV, en 737, Charles laisse même le trône vide jusqu’à sa propre mort.

Presque chaque année, il fait campagne : contre les Neustriens, les Frisons, les Saxons, les Bavarois, les Alamans. En 732, ses hommes sont des combattants aguerris par quinze ans de guerre, et non une levée de paysans.

Pourquoi Abd al-Rahman marchait-il sur Tours ?

Depuis 711, des armées arabes et berbères venues d’Afrique du Nord ont conquis presque toute la péninsule Ibérique. Dès 719-720, elles prennent Narbonne, puis lancent des expéditions en Gaule : Eudes, duc d’Aquitaine, les repousse devant Toulouse en 721, mais un raid remonte le Rhône jusqu’à Autun en 725.

En 732, Abd al-Rahman al-Ghafiqi, gouverneur d’al-Andalus, franchit les Pyrénées. Il bat Eudes près de la Garonne, pille Bordeaux et ses églises, puis remonte vers le nord. Sa cible est Saint-Martin de Tours, le sanctuaire le plus riche et le plus vénéré de la Gaule.

Eudes, vaincu, se tourne vers son vieux rival et accepte de se placer sous son autorité. Charles n’avait aucune obligation envers l’Aquitaine, mais Tours dépendait de lui, et laisser piller le tombeau de saint Martin aurait été un désastre pour un chef qui fondait son pouvoir sur la victoire.

Comment s’est déroulée la bataille de Poitiers ?

Le récit le plus détaillé est celui de la Chronique de 754, écrite par un chrétien d’Espagne vivant sous domination musulmane. Il raconte que les deux armées s’observent pendant près de sept jours, puis s’affrontent. Les Francs, serrés les uns contre les autres, restent immobiles « comme un mur » et, dit le chroniqueur, comme pris dans la glace. Les assaillants s’y brisent, et les Francs les frappent de l’épée.

Abd al-Rahman est tué. La nuit sépare les combattants. Au matin, les Francs voient les tentes ennemies toujours dressées et craignent un piège ; leurs éclaireurs les trouvent vides. L’armée vaincue est partie dans la nuit, abandonnant une bonne partie de son butin, et les Francs ne la poursuivent pas.

La Chronique de 754 désigne les vainqueurs par un mot rare : « Europenses », les Européens. C’est l’un des premiers emplois connus de ce terme pour un groupe de combattants. Aucune source fiable ne donne en revanche le nombre de soldats ou de morts : les chiffres de plusieurs centaines de milliers, avancés par certains textes médiévaux, sont sans valeur.

Où et quand a eu lieu la bataille ?

Ni la date ni le lieu exact ne sont certains. La date traditionnelle est un samedi d’octobre 732, souvent fixé au 25 octobre ; quelques historiens, à partir du calendrier de la Chronique de 754, proposent 733. Les sources disent seulement que le combat eut lieu entre Tours et Poitiers.

Plusieurs sites ont été proposés. Le plus souvent cité est Moussais-la-Bataille, sur la commune de Vouneuil-sur-Vienne, à une vingtaine de kilomètres au nord de Poitiers, mais aucune fouille n’a apporté de preuve archéologique décisive. C’est pourquoi on parle tantôt de bataille de Poitiers, tantôt de bataille de Tours.

Que s’est-il passé après Poitiers ?

La victoire n’a pas mis fin aux expéditions arabes en Gaule. Dans les années 730, des troupes venues de Narbonne s’emparent d’Avignon et ravagent la Provence. Charles reprend Avignon en 737, assiège Narbonne sans parvenir à la prendre, et bat une armée de secours sur la rivière de la Berre. En 739, avec l’aide des Lombards, il chasse les dernières garnisons de Provence.

Narbonne ne revient aux Francs qu’en 759, sous son fils Pépin le Bref. La frontière se fixe ensuite sur les Pyrénées. Pour beaucoup d’historiens, Poitiers fut surtout une victoire politique : elle donna à Charles un prestige immense et lui permit d’étendre son autorité sur l’Aquitaine et la Bourgogne.

Une question reste ouverte : l’expédition de 732 visait-elle une conquête durable ou seulement un grand raid de pillage ? Les sources ne permettent pas de trancher, et les historiens restent partagés.

Le mythe de Poitiers

Le surnom de « Martel », le marteau, n’apparaît dans les textes qu’au siècle suivant. Au XVIIIe siècle, l’historien anglais Edward Gibbon imagine que, sans cette victoire, on enseignerait le Coran à Oxford ; la formule fait fortune. Au XIXe siècle, les manuels scolaires font de Charles le sauveur de la chrétienté et de 732 une date que chaque écolier doit savoir.

Les historiens William Blanc et Christophe Naudin ont retracé cette construction : la bataille est devenue, au fil des siècles, un symbole politique, revendiqué aujourd’hui par l’extrême droite. En 2012, des militants occupent ainsi le chantier d’une mosquée à Poitiers au nom de 732. Les historiens rappellent que la bataille fut réelle et importante, mais qu’elle n’a ni « sauvé l’Europe » à elle seule, ni opposé deux civilisations figées.

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Questions fréquentes

De quoi est mort Charles Martel ?
Charles Martel n’a pas été tué : il est mort de maladie le 22 octobre 741 au palais de Quierzy, sur l’Oise, à une cinquantaine d’années. Il a été inhumé à la basilique de Saint-Denis.
Qui a gagné la bataille de Poitiers en 732 ?
Les Francs de Charles Martel, probablement rejoints par le duc d’Aquitaine Eudes, dont le rôle dans la bataille est mal connu. Le chef de l’armée adverse, Abd al-Rahman, gouverneur d’al-Andalus, fut tué au combat, et ses troupes se retirèrent pendant la nuit.
Charles Martel était-il roi ?
Non. Il était maire du palais, le plus haut personnage du royaume après le roi mérovingien, qui n’avait plus de pouvoir réel. C’est son fils Pépin le Bref qui se fit proclamer roi des Francs en 751.
Quel lien entre Charles Martel et Charlemagne ?
Charles Martel est le grand-père de Charlemagne. Son fils Pépin le Bref fonda la dynastie des Carolingiens, qui doit d’ailleurs son nom au prénom Charles, et Charlemagne, fils de Pépin, naquit après la mort de son grand-père, en 742 ou vers 748 selon les historiens.
Pourquoi l’appelle-t-on « Martel » ?
Le surnom signifie « le marteau » et évoque sa manière d’écraser ses ennemis. Il ne lui a pas été donné de son vivant : il apparaît dans les textes au IXe siècle, peut-être en écho au héros biblique Judas Maccabée, lui aussi surnommé le marteau.

Sources

  • Chronique mozarabe de 754, éd. et trad. espagnole José Eduardo López Pereira, Crónica mozárabe de 754, Anubar, 1980 ; trad. anglaise Kenneth Baxter Wolf, Conquerors and Chroniclers of Early Medieval Spain, Liverpool University Press, 1990.
  • Continuations de la Chronique de Frédégaire, éd. et trad. J. M. Wallace-Hadrill, The Fourth Book of the Chronicle of Fredegar with its Continuations, Nelson, 1960.
  • Paul Fouracre, The Age of Charles Martel, Longman, 2000.
  • William Blanc et Christophe Naudin, Charles Martel et la bataille de Poitiers. De l’histoire au mythe identitaire, Libertalia, 2015.
  • Roger Collins, The Arab Conquest of Spain, 710-797, Blackwell, 1989.

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