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1122-1204 · Le Moyen Âge

Aliénor d’Aquitaine : ses deux maris, ses enfants et ses quinze ans de captivité

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Aliénor d’Aquitaine (vers 1122-1204) est la duchesse qui fut successivement reine de France, par son mariage avec Louis VII, puis reine d’Angleterre, par son mariage avec Henri II Plantagenêt, et la mère de deux rois d’Angleterre, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre.

Sa vie compte un épisode que l’on oublie souvent : après avoir soutenu la révolte de ses fils contre leur père, elle fut gardée prisonnière par son propre mari pendant près de quinze ans. Libérée à plus de soixante ans, elle redevint l’une des personnes les plus puissantes d’Occident.

Aliénor d’Aquitaine, enfermée quinze ans par son propre mari.
Naissance
Vers 1122-1124, probablement à Poitiers ou Bordeaux
Titre
Duchesse d’Aquitaine de 1137 à 1204
Premier mari
Louis VII, roi de France (1137, mariage annulé en 1152)
Second mari
Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre (1152)
Captivité
De la fin de 1173 à 1189
Mort
31 mars ou 1er avril 1204, inhumée à l’abbaye de Fontevraud

Qui était Aliénor d’Aquitaine ?

Aliénor est la fille aînée de Guillaume X, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers. Son grand-père, Guillaume IX, est resté célèbre comme le premier troubadour connu. Sa date de naissance n’est pas sûre : les historiens hésitent entre 1122 et 1124.

En avril 1137, son père meurt en pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Aliénor, adolescente, hérite d’un immense domaine : le Poitou, la Gascogne, le Limousin et leurs dépendances, soit une grande partie du sud-ouest de la France actuelle. Ce territoire, plus vaste que celui que le roi de France contrôle directement, fait d’elle l’héritière la plus convoitée de son temps.

Qui fut le premier mari d’Aliénor d’Aquitaine ?

Son premier mari est Louis VII, fils du roi Louis VI. Le mariage est célébré à Bordeaux en juillet 1137 ; quelques jours plus tard, Louis VI meurt et le jeune couple devient roi et reine de France. L’Aquitaine reste toutefois l’héritage propre d’Aliénor.

En 1147, elle accompagne Louis VII à la deuxième croisade. À Antioche, en 1148, elle prend le parti de son oncle Raymond de Poitiers, prince d’Antioche, contre les choix de son mari. Les chroniqueurs de l’époque ont prêté à ce séjour des rumeurs de liaison que rien ne permet d’établir ; il marque en revanche la rupture du couple.

De ce mariage naissent deux filles, Marie et Alix, mais pas de fils. Le 21 mars 1152, un concile réuni à Beaugency annule l’union pour consanguinité, un motif courant à l’époque pour défaire un mariage princier. Aliénor reprend son duché.

Henri II Plantagenêt, le second mari

Le 18 mai 1152, moins de deux mois après l’annulation, Aliénor épouse à Poitiers Henri, comte d’Anjou et duc de Normandie, d’une dizaine d’années son cadet. En décembre 1154, Henri devient roi d’Angleterre sous le nom d’Henri II, et Aliénor est couronnée reine à Westminster.

Le couple règne alors sur un ensemble qui va de la frontière écossaise aux Pyrénées : l’Angleterre, la Normandie, l’Anjou, le Maine, la Touraine et l’Aquitaine. Les historiens l’appellent « l’empire Plantagenêt » ou « l’empire angevin », un terme forgé bien plus tard. Sur le continent, Henri reste vassal du roi de France, mais il tient plus de terres que lui.

Les enfants d’Aliénor d’Aquitaine

Aliénor a eu dix enfants. Avec Louis VII : Marie, future comtesse de Champagne, et Alix, future comtesse de Blois. Avec Henri II : Guillaume, mort enfant, Henri le Jeune, Mathilde, Richard, Geoffroy, Aliénor, Jeanne et Jean.

Trois de ses fils portent la couronne : Henri le Jeune, couronné du vivant de son père en 1170 mais mort avant lui en 1183, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. Ses filles épousent le duc de Saxe, le roi de Castille et le roi de Sicile. Par elles, Aliénor est l’aïeule de nombreuses dynasties européennes, dont saint Louis par sa petite-fille Blanche de Castille.

Pourquoi Aliénor d’Aquitaine a-t-elle été emprisonnée ?

En 1170, Henri II fait couronner son fils aîné, Henri le Jeune, mais ne lui donne ni terres ni pouvoir réel. En 1173, le jeune roi se réfugie auprès de Louis VII, l’ancien mari d’Aliénor, bientôt rejoint par ses frères Richard et Geoffroy. Aliénor, qui gouverne alors l’Aquitaine depuis Poitiers, soutient la révolte de ses fils contre leur père.

La rébellion échoue en 1174. Avant même sa fin, Aliénor est capturée alors qu’elle cherchait à rejoindre ses fils. Un seul chroniqueur, Gervais de Cantorbéry, rapporte qu’elle était déguisée en homme : le détail est possible, mais il ne repose que sur ce témoignage.

Henri II la garde ensuite captive, d’abord à Chinon, puis en Angleterre, notamment à Salisbury. Beaucoup d’historiens pensent qu’il ne pouvait ni la répudier ni la renvoyer sans risquer de perdre l’Aquitaine, qui lui revenait par elle. Sa détention s’adoucit au fil des ans : dans les années 1180, elle reparaît parfois à la cour, mais sous surveillance.

Libérée par Richard Cœur de Lion

Henri II meurt à Chinon le 6 juillet 1189. Son fils Richard, devenu roi, fait aussitôt libérer sa mère, qui a alors environ soixante-cinq ans. Elle parcourt l’Angleterre en son nom, reçoit les serments et prépare son couronnement.

Quand Richard part pour la troisième croisade en 1190, le royaume est confié à des officiers, les justiciers, mais Aliénor y exerce une autorité de fait considérable. Lorsque Richard est fait prisonnier en Allemagne au retour de la croisade, c’est elle qui contient les ambitions de Jean, réunit l’énorme rançon et se rend en personne auprès de l’empereur pour obtenir sa libération en 1194.

Après la mort de Richard en 1199, elle soutient Jean sans Terre. En 1200, à près de quatre-vingts ans, elle franchit les Pyrénées pour aller chercher en Castille sa petite-fille Blanche, promise au futur Louis VIII.

Où et quand est morte Aliénor d’Aquitaine ?

Aliénor se retire à l’abbaye de Fontevraud, en Anjou, une maison religieuse qu’elle a longtemps soutenue. Elle y meurt, selon la plupart des historiens, le 31 mars ou le 1er avril 1204 (certains la font mourir à Poitiers), duchesse d’Aquitaine jusqu’au bout, quelques mois avant que Philippe Auguste n’achève la conquête de la Normandie sur son fils Jean.

Son gisant de pierre peinte repose toujours dans l’église abbatiale de Fontevraud, auprès de ceux d’Henri II et de Richard Cœur de Lion. Elle y est représentée allongée, un livre ouvert entre les mains.

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Questions fréquentes

Qui étaient les maris d’Aliénor d’Aquitaine ?
Aliénor a eu deux maris. Elle épouse d’abord Louis VII, roi de France, en 1137 ; le mariage est annulé en 1152. Elle épouse ensuite, la même année, Henri Plantagenêt, qui devient roi d’Angleterre en 1154 sous le nom d’Henri II.
Combien d’enfants a eu Aliénor d’Aquitaine ?
Elle a eu dix enfants : deux filles avec Louis VII, Marie et Alix, puis huit enfants avec Henri II, dont Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre, tous deux rois d’Angleterre.
Combien de temps Aliénor d’Aquitaine a-t-elle été prisonnière ?
Environ quinze à seize ans, de sa capture à la fin de 1173 jusqu’à la mort d’Henri II en juillet 1189. Sa détention a été plus souple dans les dernières années, mais elle n’a retrouvé sa liberté qu’à l’avènement de Richard.
Pourquoi le mariage avec Louis VII a-t-il été annulé ?
Officiellement pour consanguinité, les deux époux étant parents à un degré interdit par l’Église. En réalité, le couple était désuni depuis la croisade et n’avait pas de fils, ce qui pesait lourd pour la dynastie.
Où est enterrée Aliénor d’Aquitaine ?
À l’abbaye royale de Fontevraud, en Maine-et-Loire, où elle est très probablement morte en 1204. Son gisant y est visible aux côtés de ceux de son mari Henri II et de son fils Richard Cœur de Lion.

Sources

  • Martin Aurell, L’Empire des Plantagenêt, 1154-1224, Perrin, 2003.
  • Jean Flori, Aliénor d’Aquitaine. La reine insoumise, Payot, 2004.
  • Ralph V. Turner, Eleanor of Aquitaine: Queen of France, Queen of England, Yale University Press, 2009.
  • Gervais de Cantorbéry, The Historical Works of Gervase of Canterbury, éd. William Stubbs, Rolls Series, 1879-1880.

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